Cet article est une traduction Française du billet intitulé « 10 Things they don’t tell Music Producers… til it’s too late » posté par Jason Ward sur son site internet Music Sofware Training.

J’ai réalisé cette traduction avec l’aimable autorisation de l’auteur. Bien que je partage en très grande partie le point de vue de Jason, l’entière paternité de ces lignes lui revient, tout comme les affirmations ou les idées qui sont développées ici. Sauf erreur de traduction malencontreuse et non intentionnelle de ma part, bien entendu… 🙂

Vous êtes compositeur débutant et vous vous lancez dans la production musicale, ou si vous y songez depuis quelques temps. Il y a un certain nombre de choses qu’on ne vous a pas dîtes à son sujet. Selon l’angle d’attaque que vous choisirez pour entrer dans l’univers de la production, vous risquez d’être soit sur préparé, soit sous préparé, pour la tâche non négligeable qui vous attend.

Malheureusement, beaucoup souffriront de ce qu’ils considèreront comme un échec total, et finiront par laisser tomber. Je pense sincèrement que s’ils avaient pu prendre connaissance de ces informations avant de débuter, ils auraient probablement trouvé l’énergie nécessaire pour traverser les moments difficiles. Dans ce qui suit, vous découvrirez en 10 points ce que j’aurais certainement aimé savoir à mes débuts, ou même 10 ans après!

1. Vos premières tentatives de composition musicale ne seront pas terribles, et c’est dans l’ordre des choses

Une des plus grandes erreurs qu’un compositeur en herbe puisse commettre, c’est de penser que son prochain morceau sera celui qui changera non seulement le cours de sa vie, mais également l’histoire de la musique. Malheureusement, il met d’emblée la barre un peu haut et pas mal de pression sur ses épaules par la même occasion. C’est la raison pour laquelle il ne finira jamais rien. Rien que vous puissiez créer la première fois ne pourra rivaliser avec le travail de compositeurs expérimentés, qui ont déjà aligné des centaines voire des milliers d’œuvres musicales.

Si vous vous acharnez pendant un an ou plus à faire en sorte que votre premier morceau soit le morceau du siècle, vous manquerez l’opportunité de créer tous ces morceaux imparfaits qui vous auraient énormément apporté. En réalité, vous devriez terminer 10 à 20 bons titres avant de commencer à trouver vos marques. Cela risque de paraître intimidant aux yeux des perfectionnistes. Mais si vous pouvez passer outre la perfection et considérer un projet comme étant terminé une fois que vos compétences actuelles les plus pointues sont épuisées, vous serez surpris de faire des progrès d’autant plus rapides. De plus, au fur et à mesure que vos capacités de production et d’écoute s’affineront, vous pourrez toujours revenir en arrière et améliorer vos anciens titres de manière plus évidente maintenant.

2. Personne ne compose en permanence au summum de sa créativité

L’état de conscience supérieur, également appelé « état immersif » est considéré comme le plus désirable qu’un être humain puisse connaître. Les athlètes de haut niveau tout comme les aventuriers ne risquent pas leur vie parce qu’ils sont fous. C’est uniquement en cherchant à dépasser leurs limites qu’ils finissent par atteindre cet état de conscience. Personne ne peut en jouir de façon permanente.

Et quand je dis personne, je le pense vraiment. La raison à cela est que les pics de créativité suivent un cheminement impliquant accalmies et frustration. Ce sont les 2 revers de la même médaille, et vous ne pouvez tout simplement pas avoir l’un sans l’autre. Si vous ne frôlez jamais vos propres limites ni le risque de l’échec, votre niveau de concentration ne peut tout simplement pas être assez intense pour vous permettre d’atteindre ce summum de l’esprit.

Si vous êtes un touche à tout ou que vous avez tendance à vous entourer de distractions, vous n’aurez aucune chance de connaître cet état spirituel. Les moments de pure créativité font s’effacer le monde qui vous entoure, et vous faites alors l’expérience du « moment présent » d’une manière qu’il est assez difficile de vous expliquer ici.

Les artistes talentueux ont appris par eux-mêmes à se projeter dans cet état plus souvent que les autres, mais réalisent quand même que 90% du temps tous les artistes ont besoin de décupler leurs efforts pour accomplir leur tâche, peu importe la façon dont ils se sentent mentalement. En fait, au moment où j’ai écrit cet article, j’ai été interrompu dans mon élan et embarqué dans une conversation dont j’ai dû me défaire poliment. Cela m’a demandé quelques efforts pour revenir à ma bulle créative, même s’il ne s’agissait pas d’un moment intense de créativité. Quoi qu’il en soit, les choses doivent avancer, et vous avec. N’attendez pas le « bon moment ». Les pics de créativité ne se présentent qu’à ceux qui ont réellement l’intention de se mettre au travail, quoi qu’il advienne.

3. La plupart de ce que vous croyez devoir savoir n’a aucune importance

Nombre d’artistes pensent être incapables de produire leur musique avec les connaissances dont ils disposent à leurs débuts. À cause de cette peur de créer, ils se préparent trop. Ils finissent par gaspiller des centaines d’heures à visionner chaque tutoriel révélant les astuces relatives à chaque genre musical, et s’immergent profondément dans la théorie de la musique.

Ce qu’ils ne réalisent pas, c’est que la majorité de ces informations finira par se perdre dans les méandres de leur cerveau, et n’alimentera jamais leur boite à outils. Encore pire, ils collectent tellement de conseils en contradiction les uns avec les autres que cela finit par produire plus de confusion que de bénéfices dans leur esprit.

En règle générale, un compositeur débutant devrait passer 80% de son temps à faire de la musique, et seulement 20% (au maximum) à apprendre de nouvelles techniques. Je vous recommande d’utiliser vos compétences actuelles à la limite du possible. Le moment venu, vous pourrez alors rechercher 1 ou 2 tutoriels qui vous permettront de surmonter ce premier stade de créativité, et vous pourrez alors atteindre le niveau supérieur dans votre approche de la musique.

C’est la seule façon de retenir ce que vous aurez appris, la seule façon également pour rester concentré sur vos productions musicales. Ne tombez pas pour de mauvaises raisons dans le piège tendu par ce gouffre d’informations.

4. La plupart des outils dont vous pensez avoir besoin sont superflus

Beaucoup de compositeurs, débutants ou expérimentés, s’inscrivent à des groupes ou des forums de discussions sur internet, en relation avec leur genre musical préféré ou leur logiciel de MAO habituel. Je pense qu’il est judicieux d’interagir avec des gens ayant les mêmes attraits que soit, mais soyez vigilants. Le temps passé sur ces forums est probablement du temps qu’il aurait mieux valu dépenser à faire de la bonne musique. Vous pouvez vite devenir « accro », par manque de focalisation sur vos morceaux en cours, car dans ces échanges interactifs chacun peut vite laisser tout le monde sur la touche.

Ensuite il y a les « moi-je-sais-tout ». Ceux-là sont blasés parce que leur talent extraordinaire ne les a pas propulsé dans la stratosphère de la célébrité et de la gloire. Ces personnes sont meilleures que vous et veulent que vous le sachiez.

« Oh, tu utilises ce compresseur ? Franchement ce truc a un son pourri ! Si tu n’utilises pas le plugin XYZ ou tel type de matériel, tu ferais mieux de laisser tomber ».

Aussitôt vous dilapidez tout votre temps libre, normalement disponible pour composer de la musique, à rechercher d’autres forums qui confrontent 100 points de vue différents à propos du compresseur que vous devriez avoir si vous voulez être pris au sérieux par vos pairs.

Arrêtez avec ça. Arrêtez avec ça. ARRÊTEZ AVEC ÇA!

Oui, il y a des tas de plugins tous plus épatants les uns que les autres, mais la vérité c’est que si vous apprenez à maîtriser un outil à fond, vous pouvez généralement obtenir de très bons résultats avec. Personnellement j’utilise principalement les plugins fournis avec mon logiciel de MAO préféré (Ableton Live). J’ai entendu beaucoup de personnes dire que les effets de Apple Logic étaient meilleurs, et bien que je ne désapprouve pas cette affirmation, j’ai trouvé ma méthode pour arriver à mes fins rapidement et efficacement en utilisant les outils à ma disposition. Et jusqu’à présent, le type de plugins que j’utilise n’a jamais eu une quelconque incidence sur mes morceaux, notamment sur la possibilité qu’ils soient signés et atteignent le top des ventes, pas même d’un iota.

À la fin de la journée, la personne qui finalise le plus de titres est systématiquement gagnante. Gardez ceci en tête.

5. Vos habitudes comptent plus que vos connaissances

Encore une fois, vous devez arrêter de croire que vous avez besoin de tout savoir. J’ai personnellement enterré cette idée. Il fut un temps où j’étais capable d’enseigner à mes clients l’utilisation de logiciels de MAO sous toutes leurs coutures. Ils en retenaient quelques notions triées sur le volet et les mettaient aussitôt en pratique, sans se soucier de tout le reste dont ils n’avaient finalement pas besoin sur le moment. Tant mieux pour eux, ils terminaient leurs morceaux en cours, et à cette époque je ne pouvais pas en dire autant. Leçon retenue.

Si vous désirez devenir un compositeur ou un producteur de musique à succès, vous devriez en premier lieu vous concentrer sur vos habitudes de travail, bien avant de vous préoccuper de vos connaissances techniques. Si vous n’avez pas encore instauré ces habitudes qui vous forceront à travailler vos morceaux quotidiennement, votre savoir théorique n’a aucun intérêt.

Franchement, n’est-ce pas un peu stupide d’alimenter votre boite à outils déjà pleine avec de nouveaux outils, si vous ne vous posez pas à un moment donné pour commencer à les utiliser?

Vous tirerez nettement plus de profits à mettre en place un petit rituel consistant à vous asseoir ne serait-ce 15 minutes par jour devant la STAN de votre choix (« Station de Travail Audio Numérique », traduction de DAW qui signifie en Anglais « Digital Audio Workstation », NdT), même si vous ne composez rien à ce moment là, plutôt que de forcer votre cerveau à emmagasiner plus de connaissances.

Si votre objectif est de parvenir à cet état immersif qui stimulera votre créativité artistique, vous devez dans un premier temps vider votre esprit, et non pas l’encombrer comme ce placard plein à craquer que vous ne voulez surtout montrer à personne.

6. Tout ce que vous désirez provient des autres

Les gens sont plus importants que la connaissance. Regardez ce qui gravite autour de toutes les hautes personnalités. En sont-elles arrivées là par génie? En aucun cas.

Tout ce que vous désirez (en dehors du développement de votre propre spiritualité) va nécessiter des liens avec les autres. Vous ne pouvez tout simplement pas vivre isolé du reste du monde et passer votre temps à composer de l’excellente musique, en espérant que cela suffise. Vous allez devoir interagir, communiquer et partager votre valeur artistique en échange de celle des autres.

Si vous croyez pouvoir vous dispenser de votre autopromotion (dans le sens le plus éthique du terme, bien entendu) et de vous offrir en partage avec le reste du monde, le monde n’aura jamais l’occasion d’apprécier qui vous êtes et ce qui vous caractérise le mieux. Quiconque vous dira le contraire est un menteur.

7. Pas la peine d’artifice pour composer de la bonne musique

Franchement, si je n’avais pas gaspillé toutes ces années avec la mentalité « d’artiste », j’aurais certainement été plus productif et bien plus heureux avec moi-même.

Vous n’avez pas besoin de vous embarquer dans un style de vie à la fois compliqué, sombre et (narco) dépendant pour être bon. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas laisser son esprit s’évader de temps à autre. Ça n’est pas très populaire de dire ça, mais parfois les drogues ça marche, au moins un petit peu. Heureusement depuis j’ai fait mon choix, et j’ai pu me défaire de ces artifices avant de subir des dommages irréversibles.

Je peux aujourd’hui considérer ces expériences avec un esprit totalement sobre, et dire avec toute ma conviction que je suis à présent 10 fois plus productif en étant sobre (ce qui ne m’empêche pas de boire une bière occasionnellement). Ne suivez pas vos amis musiciens trop loin au fond du trou, sinon vous vous saboterez en même temps que votre créativité et votre productivité.

Vivez des expériences et faites de la musique, mais accordez toujours la priorité numéro 1 à votre musique. Le « style de vie » est une belle connerie de toute façon. Ne soyez pas dupe.

8. Avoir le sens de la musique n’est pas une obligation

J’ai évoqué plus d’une fois le bonheur que j’éprouve à être moi-même un non musicien. Ou du moins le bonheur de ne pas me sentir formaté dans ma façon de créer les choses, celles dont je suis fier. Bon nombre de compositeurs talentueux ne sont pas les meilleurs musiciens, et la plupart des meilleurs artistes en musique électronique ne possèdent pas de bagage musical imposant. Pour ceux dont c’est le cas, c’est parfois un obstacle à l’originalité dans les moments de création.

Un non musicien n’est pas totalement dénué de talent, cela prend forme chez lui simplement sous un angle différent. L’homme que je considère comme étant le meilleur ingénieur du son, également l’un des artistes les plus renommés s’appelle Brian Eno. Toute la théorie musicale du monde ne me permettrait pas de m’élever à son niveau de talent. Il est à l’origine de quelques-unes des meilleures sorties de David Bowie, U2, David Bryne, Coldplay (je sais, je sais), James & Even Devo, sans oublier de mentionner son travail impressionnant pour Roxy Music.

Malgré toute cette musique incroyable dont il est responsable, il se considère toujours lui-même comme un piètre musicien. Si vous avez des connaissances dans le domaine musical, très bien, servez vous-en. Si vous n’en possédez pas, c’est très bien aussi, créez selon un angle différent. Vous ne mesurerez jamais l’étendue de votre potentiel sans l’avoir mis à l’épreuve au préalable.

9. Le temps est la seule différence entre vous et ceux qui nagent en plein succès

Vos héros musiciens ne sont pas vraiment des héros, ils sont des boussoles qui pointent dans la direction de votre propre potentiel. Ne laissez pas s’exprimer les croyances selon lesquelles « certains l’ont, d’autres pas », c’est complètement faux. La vérité c’est que certaines personnes travaillent dur et sans relâche pour acquérir ce potentiel (malheureusement elles sont très peu nombreuses). Parmi les meilleurs artistes, certains ont en fait mis beaucoup plus de temps que vous ne le croyez avant d’arriver là où ils en sont.

La vidéo ci-dessous explique ce concept bien mieux que mes propres mots ne le pourraient, je vous suggère donc de la visionner et de vous en imprégner. (Vidéo en Anglais sans sous-titrage, vraiment désolé! NdT)

Si vous voulez savoir si vous avez du potentiel ou pas, faites le point sur vos habitudes au quotidien, pas sur votre niveau de connaissance.

10. Tout le monde vole

Nombre de personnes sont tellement paranoïaques qu’elles en sont réduites à rester plantées devant leur écran d’ordinateur le regard fixe, un peu comme lorsque je me retrouve à errer sans but précis dans un supermarché, en me demandant ce que je vais bien pouvoir préparer pour le dîner. Mon dieu, si je n’avais pas la possibilité de puiser dans les recettes des autres, plus doués que moi pour la cuisine, je serais encore plus dans la galère.

La vérité c’est que toute la musique que vous écoutez a été inspirée par un autre musicien, un autre artiste, un poète ou encore quelque chose d’abstrait ayant pour une personne donnée, une forme de beauté que les autres ne semblent pas avoir perçu selon cette perspective.

Cette idée que vous avez peur d’emprunter a été presque certainement inspirée par quelqu’un d’autre, voire complètement volée. Picasso, John Lenon et Steve jobs, tous les 3 considérés comme des innovateurs créatifs, sont aussi célèbrement cités pour avoir piqué quelques idées de façon plutôt flagrante. Vous pensez que les Led Zeppelin étaient innovants? Je le pensais aussi et je les aime toujours, mais si vous faites quelques recherches, je suis persuadé que vous serez choqués.

Voler des idées, c’est de cette façon que les artistes entretiennent continuellement leur propre créativité. Abandonner la peur d’être totalement original aura finalement pour effets de vous libérer et de vous rendre plus créatif, pas le contraire. Utilisez des échantillons audios, des sons pré-programmés, des boucles, des citations, et allez même jusqu’à voler vos propres idées passées. Rien que vous puissiez voler ne pourra être ré-assemblé et ressembler de façon convaincante à l’original, source de laquelle vous êtes parti.

Nous sommes tous des filtres humains. Cela signifie que peu importe ce que nous empruntons ou nous volons, le résultat produit passe nécessairement par le jeu unique de paramètres qui est en nous, avant d’être régurgité pour donner naissance à notre propre art. Chassez la peur et utilisez tout ce qui vous entoure pour créer. C’est libérateur.

Bonne musique!

Jason

Visiter le site internet de Jason Ward
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Je vous dis à très vite en musique !

Guillaume